صَرْخَةُ أَلَم Cri de douleur
2016–2017 · 16 vers · mètre kâmil
- Poète
- Abd al-Baqi al-Mahmoud Muhammad
- Élégie pour
- al-Abbas ibn Asaghayyir, imam d’Inékar (mort en 2016)
Présentation
Al-Abbas ibn Asaghayyir était l’imam de la mosquée d’Inékar (أنيكر), dans le nord du Mali, et l’une des autorités du village. Il connaissait le Coran par cœur, avait étudié la langue arabe et les sciences religieuses, et sa piété était reconnue dans toute la région. Il tenait à enseigner aux gens leur religion et suppléait parfois le cadi pour juger entre eux.
Il a été assassiné par des hommes armés inconnus, dans le contexte des conflits qui touchaient alors le nord du Mali, le soir du 16 février 2016. Il laissait deux fils, Ahmid et Ilyas.
Le poète a composé cette élégie en 2016-2017, alors qu’il était étudiant en troisième année au département de littérature de l’Université islamique au Niger, à Say. Les notes qui suivent le poème sont les siennes.
Le poème
أنشأت هذه القصيدة في رثاء العبّاس بن أسَغَيّرْ، من بحر الكامل. إنشاء الطالب/ عبد الباقي المحمود محمد، المستوى الثالث، قسم الأدب، كلية اللغة العربية والعلوم الإنسانية، الجامعة الإسلامية بالنيجر ـ ساي (2016–2017م).
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العينُ تَبكي والقلوبُ تقاسي جَمْراً تلظى حَرُّه بالنّاسِ
L’œil pleure, et les cœurs endurent une braise ardente dont la brûlure atteint tout le monde.
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لا بُرَ يُرجى للقلوب ولا شِفا من بَعْدِ فقد أحِبّةٍ وتناسي
Plus de guérison à espérer pour les cœurs, plus de remède, depuis la perte des êtres chers, même en cherchant l’oubli.
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آجالنا مكتوبة وفعالنا قد سُطِّرَتْ والله ذو قِسْطاسِ
Nos termes sont écrits, nos actes consignés, et Dieu tient la balance juste.
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كيف العزاء وقد ثوى بأنيكرٍ بدر الدجى فبقت بلا نبراسِ
Comment se consoler, quand la pleine lune des nuits sombres repose à Inékar, et que le village reste sans lampe ?
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إنّ البدورَ بَكَتْ لغَوْرِ مَثِيلِها وتقلّبَتْ بَيْنَ الرَّجَا والياسِ
Les pleines lunes ont pleuré la disparition de leur semblable, ballottées entre l’espoir et le désespoir.
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إنَّا وإنْ طال الزَّمانُ فلا نرى شيئاً يُسلِّينا عنِ العباسِ
Le temps aura beau passer, nous ne voyons rien qui puisse nous consoler d’al-Abbas.
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العلمُ مقرونٌ به وكذا التقى فعلامَ يُرمى المتقي بالباسِ
Le savoir était uni à lui, et la piété de même : pourquoi donc frappe-t-on l’homme pieux par la violence ?
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أيْنَ احترامُ العلمِ والأخلاقِ هَلْ يُرمَى الرَّشادُ بأسهُمِ الأقواسِ
Où est le respect du savoir et de la morale ? Tire-t-on sur la droiture avec les flèches des arcs ?
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صلواته موصولة بصلاته وتراه لا يخشى من الإفلاسِ
Ses prières allaient de pair avec ses dons, et l’on voyait qu’il ne craignait pas de s’appauvrir.
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والمعتفون إذا أرادوا سيْبَه غطّاهمُ من سيبه بلباسِ
Et quand les quémandeurs sollicitaient ses largesses, il les couvrait de ses bienfaits comme d’un vêtement.
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ولقد يوبِّخ من يقوم بمنكرٍ والعُرْفُ من أفعاله بمِراسِ
Il blâmait celui qui commettait le mal, et faire le bien était chez lui une pratique constante.
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إنّا رأينا الرشد في أفعاله والرُّشد ـ دوماً ـ حِصّة الأكياسِ
Nous avons vu la sagesse dans ses actes, et la sagesse est toujours la part des avisés.
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الكون يشهد برَّه وبأنّه يَزِنُ الأمورَ بحكمةٍ وقياسِ
L’univers témoigne de sa bonté, et qu’il pesait les choses avec sagesse et mesure.
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الله يُخلِفُنا بأمثالٍ له من وُلْدِه أحميدَ أو إلياسٍ
Que Dieu nous donne des successeurs à son image parmi ses enfants, Ahmid ou Ilyas.
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وجزاه ربي بالجنان ورحمةٍ لا ضُرَّ يبقى بعدها لأناسِ
Que mon Seigneur le récompense par les Jardins et par une miséricorde après laquelle aucun mal ne demeure pour personne.
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هذا عزاء شامل لأحِبّةِ الـ ـعبّاس، هم لي في الدّنا إيناسي
Voici mes condoléances à tous ceux qui aimaient al-Abbas : en ce monde, ils sont ma compagnie.
Notes du poète
- vers 4 — أنيكر: اسم القرية التي اغتيل فيها. (Inékar : le village où il a été assassiné.)
- vers 4 — النبراس: المصباح. (an-nibrâs : la lampe.)
- vers 10 — المعتفون: السائلون. (al-mu‘tafûn : ceux qui demandent.)
- vers 10 — السَّيْب: العطاء. (as-sayb : le don.)
- vers 14 — أحميد وإلياس: ابنان تركهما العباس. (Ahmid et Ilyas : les deux fils laissés par al-Abbas.)
Le texte arabe est reproduit tel que le poète l’a écrit, avec ses voyelles. La traduction, proposée vers à vers par l’équipe du site, suit le sens plutôt que la rime : seul le texte arabe fait foi.
© Abd al-Baqi al-Mahmoud Muhammad. Toute reproduction doit citer le poète.