رثاء الفقيه محمد حفيد يحيى Élégie pour le faqîh Muhammad, petit-fils de Yahya

20 vers · mètre tawîl

Poète
Ahmadou Mohamadalher Ishaki

Présentation

Le cheikh Muhammad Ahmad ibn Muhammad Yahya, « petit-fils de Yahya » (vers 15), était un faqîh et un maître dont les élèves sont devenus, dit le poème, les lampes de leurs familles. C’est sans doute le même cheikh que pleure Abd al-Baqi al-Mahmoud Muhammad dans son élégie du 16 mai 2024, jour de sa mort.

Le poème s’ouvre sur une nuit d’orage dans le désert : le poète veille et guette les éclairs au-dessus des dunes, puis s’endort parmi ses compagnons, et c’est son cœur qui lui reproche de ne pas avoir encore écrit l’élégie. Viennent ensuite l’éloge du défunt, patient, pieux, lecteur assidu du Coran, et la crainte de voir l’ignorance se répandre après lui.

Le poème

هذا ما رثى به أحمدو بن محمدالخير الشيخ محمد احمد بن محمد يحي رحمه الله رحمة واسعة.

  1. أرقت وقد مال السُّهى متلاشيا أعُدٌّ حِقافَ الخَبْتِ للرعد تاليا

    Je ne dormais pas ; Suhâ, l’étoile pâle, déclinait et s’effaçait, et je comptais les dunes de la plaine en suivant le tonnerre.

  2. أراقب ومض البرق في جَنَباتنا يُضيء شماريخ الجبال الخوافيا

    Je guettais l’éclair qui scintillait autour de nous et illuminait les cimes cachées des montagnes.

  3. قعدنا له جنب الكثيب هنيهة ينوء ويخفى مستكينا ثوانيا

    Nous l’avons regardé un moment, assis près de la dune ; il se levait, puis disparaissait, apaisé, quelques secondes.

  4. ولم ندر إلا والعواصفُ هالةٌ كثيفُ قَتامٍ يَستديم لياليا

    Et soudain, sans que nous l’ayons vu venir, les tempêtes nous encerclaient : une épaisse poussière sombre qui dure des nuits entières.

  5. غفوت به من بين صحبِيَ ساعة وقد نبضت دقات قلبِي مُعانيا

    Je m’y suis assoupi un moment parmi mes compagnons, et mon cœur battait, en peine.

  6. يعاتبني لمْ لا تُصيغ قصيدة عزاءً فكم أسلى العزاء النواعيا

    Il me reprochait : « Pourquoi ne composes-tu pas un poème de condoléances ? Que de pleureuses les condoléances ont consolées ! »

  7. فقلت وقد صَادَ الغطيطُ جُموعنا ولست أرى بين الصِّحاب مناجيا

    Alors j’ai dit — le ronflement avait gagné toute notre troupe, et je ne voyais parmi mes compagnons personne à qui me confier — :

  8. أراك غزير الدمع لا زلت باكيا وأنت الذي ذقتَ الخطوب الدواهيا

    « Je te vois les larmes abondantes, pleurant encore, toi qui as pourtant goûté aux malheurs les plus terribles,

  9. وعانيتَ قبلا من مصائبَ جمةٍ وأصعبها موتُ الشيوخ تواليا

    toi qui as déjà souffert de nombreux malheurs, dont le plus dur est la mort des cheikhs, l’un après l’autre.

  10. فصبرا فما دمع العيون بنافعِ ولكنها تدمي القلوب البواكيا

    Patience donc : les larmes des yeux ne servent à rien, elles ne font que blesser les cœurs qui pleurent.

  11. ودع عنك ذا واندُب وفاةَ معلم تقي نقي ليس بالجهل راضيا

    Laisse cela, et pleure la mort d’un maître pieux et pur, qui ne se résignait pas à l’ignorance,

  12. صبورٍ حليمٍ ناسكٍ متعبدٍ وفاعلِ خير لا ينام لياليا

    patient, indulgent, ascète, dévot, faiseur de bien qui veillait la nuit,

  13. ومستغفرٍ لله طول حياته يطالعُ قرآنا وليس مرائيا

    qui toute sa vie a demandé pardon à Dieu, lisant le Coran sans ostentation. »

  14. وطلابه أضحوا مصابيح أهلهم وصاروا جبالا شامخات رواسيا

    Ses élèves sont devenus les lampes de leurs familles, des montagnes hautes et inébranlables.

  15. فآهٍ على موت الفقيه محمد حفيدٍ ليحي ليس لله ناسيا

    Hélas ! la mort du faqîh Muhammad, petit-fils de Yahya, qui n’oubliait jamais Dieu !

  16. لقد أقفرت سِفرُ العلوم بفقده وأصبح داءُ الجهل في الناس فاشيا

    Sa perte a laissé désert le livre des sciences, et le mal de l’ignorance s’est répandu parmi les gens.

  17. وذاع انحلالٌ في الشباب ولم يكن هناك نصوحٌ لا يملٌّ نهائيا

    Le relâchement s’est propagé chez les jeunes, et il n’y a plus de conseiller sincère qui ne se lasse jamais.

  18. تغمده ربي بواسع رحمة يُروّى بألبانٍ ويُكسى لئاليا

    Que mon Seigneur l’enveloppe de Sa vaste miséricorde, qu’il soit abreuvé de lait et vêtu de perles.

  19. صلاة إله الناس ثم سلامُه على المصطفى من جاء بالدين داعيا

    Que la prière du Dieu des hommes, puis Sa paix, soient sur l’Élu, venu appeler à la religion,

  20. وآل وزوج ثم صحب وكل من بآثاره أضحى مجدا وساعيا

    sur sa famille, ses épouses, ses Compagnons, et tous ceux qui, sur ses traces, se sont mis à l’œuvre avec ardeur.

أحمدو محمد الخير بجي الإسحاقي

Le texte arabe est reproduit tel que le poète l’a écrit, avec ses voyelles. La traduction, proposée vers à vers par l’équipe du site, suit le sens plutôt que la rime : seul le texte arabe fait foi.

© Ahmadou Mohamadalher Ishaki. Toute reproduction doit citer le poète.