· La rédaction de Tadaksahak TV · Événement

Rose Walet Moussa : « Venir les enterrer ne suffit pas »

Rose Walet Moussa, dont l’appel est publié ici.
Rose Walet Moussa, dont l’appel est publié ici.

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Après le massacre de 48 civils à Tagadayat, Rose Walet Moussa — fille de la communauté idaksahak, installée à New York, engagée depuis des années aux côtés des siens — adresse aux dirigeants maliens, à la CEDEAO et aux organisations internationales un appel pressant : secourir les vivants, maintenant.

Rose Walet Moussa n’est ni une association ni une ONG. Installée à New York, cette fille de la communauté idaksahak se tient depuis 2012 aux côtés des siens, dans le meilleur comme dans le pire. Quand les massacres se répètent dans la région de Ménaka, elle ne détourne pas le regard : elle mobilise, autour d’elle et de sa propre poche, pour soutenir sa communauté. Récemment encore, elle a réuni plus de 84 millions de francs CFA pour soutenir les siens. Sa voix, nos lecteurs la connaissent déjà. Après la tuerie de Tagadayat, à une cinquantaine de kilomètres de Ménaka, elle nous a confié cet appel. Nous le publions tel qu’elle nous l’a adressé.

Son appel

Ménaka, le 24 octobre 2026.

À nos dirigeants maliens, à la CEDEAO et à tous ceux qui regardent ce qui nous arrive : 48 civils ont été tués à Tagadayat, à environ 50 kilomètres de Ménaka. C’étaient nos anciens, nos cheikhs, nos pères, des innocents qui ne combattaient personne. Des terroristes sont entrés dans leur communauté et les ont tués.

Il a fallu trois jours à l’armée pour venir les enterrer. Trois jours. Où était l’aide quand ils étaient encore en vie ? Qui va secourir les familles toujours en danger ?

Aujourd’hui encore, les terroristes prennent tout ce que les familles possèdent et les laissent sans nourriture, sans eau, sans leurs animaux, qui sont toute leur richesse et leur moyen de vivre. Ces familles se débrouillent seules pour rejoindre Ménaka. Personne ne va les secourir. À leur arrivée, ce sont des habitants qui ont à peine de quoi vivre eux-mêmes qui les nourrissent et leur trouvent un endroit où dormir.

Où est notre gouvernement ? Pourquoi un enfant qui a faim doit-il attendre des réunions et des plans ? Pourquoi notre pays ne peut-il pas apporter de la nourriture, des médicaments, des vêtements et des couvertures en quelques jours ? Nous ne pouvons pas attendre des mois pour un sac de riz et une tente pendant que nos familles souffrent.

Nous avons besoin que notre armée sauve les gens pendant qu’ils sont encore en vie. Venir les enterrer ne suffit pas.

Le Mali est notre pays, et nous avons fait confiance à ce gouvernement. Pourquoi nous laisse-t-on affronter tout cela seuls ?

Soutenir les siens par ses propres moyens

Ce que dit Rose Walet Moussa, toute une communauté le vit. Depuis des années, les Idaksahak enterrent leurs morts, accueillent leurs survivants et soutiennent leurs victimes par leurs propres moyens, là où l’État n’arrive pas. À Ménaka, ce sont des familles qui ont à peine de quoi vivre qui nourrissent celles qui arrivent, les mains vides, après avoir tout perdu.

Mais ces moyens s’épuisent, comme s’épuise la communauté elle-même. Derrière les chiffres, il y a une peur que l’on n’ose pas toujours nommer : celle d’une extermination qui avance, méthodique, pendant que le monde se tait. Ce silence blesse autant que les armes. On vient enterrer les morts ; on ne vient pas sauver les vivants.

Un appel au monde

Cet appel n’est pas un cri de colère. C’est une demande précise, adressée à ceux qui ont le pouvoir d’agir :

Rose Walet Moussa n’a demandé ni titre ni reconnaissance. Elle demande que l’on sauve les vivants pendant qu’il est encore temps. Nous lui devons au moins de porter sa voix.

— Propos de Rose Walet Moussa, recueillis et publiés par la rédaction de Tadaksahak TV. Ménaka — New York, le 24 octobre 2026.

Sources

Télécharger l’appel (PDF)