· La rédaction de Tadaksahak TV · Événement
Rose Walet Moussa, une voix pour les enfants idaksahak

Depuis 2022, les massacres de civils idaksahak font aussi des victimes silencieuses : des enfants privés d’école. Sans association ni ONG, Rose Walet Moussa a réuni des fonds et donné de sa poche pour eux. Elle mérite que le monde l’entende, et la soutienne.
Le 28 avril 2025, dans une salle de classe sous un toit de tôle, des enfants idaksahak attendent leur tour. Sur une natte, des sandales de toutes les couleurs et des vêtements neufs, encore pliés. Des anciens aident chaque élève à essayer sa tenue. Derrière cette distribution, il n’y a ni logo, ni banderole, ni organisation. Il y a une femme : Rose Walet Moussa.
Les enfants, victimes silencieuses
Depuis mars 2022, les civils idaksahak de la région de Ménaka sont la cible de massacres à répétition. Une mission des Nations unies a recensé au moins 157 civils tués dans cette seule région entre le 8 et le 28 mars 2022. La même année, Human Rights Watch a documenté des « massacres coordonnés » visant en grande partie les Daoussahak, et des dizaines de milliers de personnes ont fui. Les 18 et 19 octobre 2026 encore, à Tagadayat, quarante-huit civils ont été tués selon le Bureau exécutif de la communauté idaksahak, qui donne ce bilan comme provisoire (voir notre article « Tagadayat : le devoir de ne pas détourner le regard »).
La violence ne s’arrête pas aux morts. Elle vide les campements, jette les familles sur les routes et ferme les écoles. Parmi ses conséquences les moins visibles, il y a celle-ci : des enfants abandonnés à leur sort, sans éducation. Le Mali tout entier en souffre : à la rentrée d’octobre 2026, selon l’UNICEF, 2 444 écoles ne fonctionnaient pas dans le pays, privant de classe plus de 733 000 enfants. Aucun chiffre propre à la région de Ménaka n’est publié.
Une femme, sans enseigne
Rose Walet Moussa n’a pas attendu. De sa propre initiative, elle a mobilisé des fonds autour d’elle et a participé elle-même, de sa poche, pour venir en aide à ces enfants, là où l’État ne peut pas intervenir.
Elle ne prétend pas être une association, ni une ONG, encore moins un Robin des Bois. Elle n’a ni bureau, ni sigle, ni titre. Elle a ce qui manque le plus : l’humanité. Sa voix, nos lecteurs la connaissent déjà : elle a signé un discours publié dans nos actualités.
Le 28 avril 2025, ce sont des vêtements et des sandales qui ont été remis aux élèves. Cela peut sembler peu. Mais pour un enfant qui arrive pieds nus dans une classe ouverte aux vents, où certains suivent la leçon assis sur des nattes, à même le sol, c’est la dignité retrouvée, et une raison de plus de revenir à l’école le lendemain.






La dignité avant l’image
Rose Walet Moussa ne se contente pas de donner : elle veille à la manière dont on aide. Le 23 octobre 2026, elle a adressé ce message à son peuple :
« À mon peuple Idaksahak d’abord, puis à tous les membres de notre communauté, particulièrement ceux qui prennent des photos et des vidéos de nos femmes et de nos enfants : s’il vous plaît, préservez leur dignité avant de partager leur souffrance. Ces femmes sont nos sœurs, nos mères et nos grands-mères. […] Demandez leur permission avant de les photographier ou de les filmer et de publier ces images, sans jamais les embarrasser. N’oubliez pas que ce que vous partagez peut faire le tour du monde et rester sur Internet pendant des années, sans que vous puissiez en contrôler la diffusion. Nos hommes, nos jeunes et nos anciens ont tous la responsabilité de protéger la dignité et l’intimité de nos femmes et de nos enfants. Montrons leurs besoins avec compassion et respect. »
Aider sans humilier : toute sa leçon tient dans ces mots, et elle vaut pour chacun de nous.
Un appel au monde
Partout où la souffrance est, il y a toujours quelqu’un pour crier, même sans force ni voix. Aujourd’hui, ce cri a un nom : Rose Walet Moussa. Elle ne doit pas rester seule.
Nous appelons le monde entier, et d’abord les Idaksahak de la diaspora, à :
- soutenir son action, même modestement : vêtements, chaussures et fournitures scolaires pour les enfants ;
- relayer son appel et cet article, pour que ces enfants ne soient pas oubliés ;
- demander aux organisations humanitaires et éducatives de prendre le relais : rouvrir, équiper et protéger les écoles de la région de Ménaka ;
- respecter, en toute circonstance, la dignité et l’intimité des femmes et des enfants que l’on photographie.
Pour la soutenir ou la joindre, écrivez à la rédaction par le bouton WhatsApp de ce site : nous vous mettrons en relation avec elle.
Elle n’a demandé ni titre ni reconnaissance. Nous lui devons au moins ceci : que son geste soit connu, et qu’il ne reste pas le seul.
— La rédaction de Tadaksahak TV.
Sources
- Rose Walet Moussa, message à la communauté idaksahak, 23 octobre 2026.
- Photos de l’action de Rose Walet Moussa (distribution du 28 avril 2025), transmises à la rédaction.
- Nations unies : au moins 157 civils tués dans la région de Ménaka, 8-28 mars 2022.
- Human Rights Watch, « Massacres coordonnés perpétrés par des groupes armés islamistes », 27 octobre 2022.
- Bureau exécutif de la communauté Idaksahak, communiqué, Ménaka, 19 octobre 2026.
- UNICEF Mali, communiqué de rentrée « Pour apprendre, il faut plus qu’une salle de classe », octobre 2026 (données du Cluster Éducation).