Sur les pistes de ceux d’Ishaq

Sur les pistes de ceux d’Ishaq

Essai sur l’origine, les parcours et les exodes des Idaksahak : état des preuves, hypothèses et chemins d’enquête

by Hamadine AG MOCTAR · 2026

Hamadine AG MOCTAR, chercheur et développeur, fondateur du site, membre du groupe de recherche désigné par le Secrétariat permanent de la communauté Idaksahak (président : l’honorable Moussa AG Acharatoumane), commission de recherche présidée par Mohamed AG Nadroun. Essai personnel versé aux travaux du groupe : ses propositions attendent la décision du groupe et n’engagent pas la commission.

© 2026 Hamadine AG MOCTAR. Tous droits réservés. Toute citation doit mentionner l’auteur, le titre et l’année ; toute reproduction, même partielle, requiert l’accord de l’auteur.

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Première édition (octobre 2026). L’auteur confronte toutes les sources réunies par le groupe de recherche sur l’origine des Idaksahak selon la méthode des familles de sources indépendantes, et distingue ce qui est établi (le nom, le caractère composite du groupe, la nature songhay de la langue, la place dans l’ettebel iwellemmedan) de ce qui relève de la tradition ou du débat. Il suit les chemins que la tradition et l’histoire prêtent aux Idaksahak et à leurs voisins, de la route des Massūfa, Berbères maîtres de l’Ouest saharien au XIVe siècle (Collet 2024), rapprochés du substrat berbère « occidental » que Lameen Souag (2015) décèle sous le tadaksahak, jusqu’aux exodes du dernier demi-siècle, et consacre un chapitre à la lettre ouverte des chefs de la Boucle du Niger du 30 mai 1958. Il soumet douze propositions au groupe et donne une chronologie, une transcription critique de la lettre et une bibliographie vérifiée. Il ouvre enfin six pistes nouvelles, dont celle des chroniques de Tombouctou (Tārīkh al-sūdān, Tārīkh al-fattāsh, al-Bakrī) signalée par Albachar Ag Hamadou et celle de la route de Gao à Takaddā, parcourue par Ibn Baṭṭūṭa en 1353, et publie en annexe la notice manuscrite de Shaykh Baye sur les Dawsahaq.

Annexe C. La notice de Shaykh Baye sur les Dawsahaq : manuscrit, texte et traduction

Ce document a été communiqué à l’auteur par Charles Grémont, qui l’avait publié dans son livre sur les Iwellemmedan (Grémont 2010*), avec la traduction française de Judith Scheele. On en donne ci-dessous la notice, la photographie, le texte arabe et la traduction, puis une notice critique.

C.1 Le document

Manuscrit du lettré kunta Shaykh Baye al-Kuntî, recueilli auprès de son auteur, à Aguelhok, par Georges de Gironcourt au cours de l’une de ses missions (1908-1912). Il appartient à un ensemble répertorié sous le titre général « Notes sur d’anciennes tribus touareg », conservé à la bibliothèque de l’Institut de France (manuscrit 2407, pièces 91 à 104, quatorze pages). La notice consacrée aux Dawsahaq porte le numéro 97.

Le manuscrit n’est pas daté. La note qui accompagne la traduction situe sa rédaction entre 1895, année où Shaykh Baye succède à son frère aîné à la tête de la zāwiya de Telaya, et 1912, année de la collecte.

Sur la photographie de la page entière, le texte occupe le haut d’un feuillet numéroté 10. Dans la marge, un tampon « Mission de Gironcourt » et la mention manuscrite, au crayon, « Manuscrit n° 97 » ; plus bas, le cachet de la bibliothèque. Le numéro 97 est donc celui que la mission a donné au manuscrit.

La page entière (folio 10) : tampon « Mission de Gironcourt », mention « Manuscrit n° 97 » et cachet de la bibliothèque. Bibliothèque de l’Institut de France, ms 2407. Photographie communiquée par Charles Grémont.
La page entière (folio 10) : tampon « Mission de Gironcourt », mention « Manuscrit n° 97 » et cachet de la bibliothèque. Bibliothèque de l’Institut de France, ms 2407. Photographie communiquée par Charles Grémont.
Détail : le texte de la notice 97, « Dawsahaq ». Bibliothèque de l’Institut de France, ms 2407. Photographie communiquée par Charles Grémont.
Détail : le texte de la notice 97, « Dawsahaq ». Bibliothèque de l’Institut de France, ms 2407. Photographie communiquée par Charles Grémont.

C.2 Le texte arabe

Transcription de l’auteur, d’après la photographie ; la barre oblique marque la fin de chaque ligne du manuscrit. L’écriture saharienne ne note pas tous les points diacritiques, restitués ici, ni les voyelles. La transcription devra être contrôlée par un lecteur des manuscrits sahariens.

دوسحاق أمة من أمم التوارق والظاهر أن أصلها سودان / إذ كلامها مركب بين كلام السودان والتوارق وفيهم / قبيلة تنتسب إلى الشرق وهم جميعا أهل عافية وقراءة / وأكثر سكناهم مع المدن والظاهر أنهم من قبائل / السوق وبينهم وبين دباكر مواصلة

C.3 La traduction de Judith Scheele

97 – Dawsahaq. Les Dû Sahâq sont un peuple des Touaregs. Il est certain qu’à l’origine ils étaient Sûdân, car leur parler (kalâm) est composée des mots (kalâm) des Sûdân et des Touaregs. Et parmi eux (il y a) une tribu qui situe ses origines vers l’Est. Ils sont tous des gens de la paix et de l’étude. La plupart d’entre eux habitent avec les Ilmidan [Iwellemmedan]. Il est évident qu’ils sont des tribus d’Es-Suq. Entre eux et les Dabâkir il y a des relations.

Le nom des Iwellemmedan est écrit المدن dans le manuscrit ; la traduction le lit « Ilmidan ». Les crochets sont ceux de la traductrice.

C.4 Notice critique

Ce que la notice confirme. Les trois passages que l’essai citait de seconde main se lisent bien dans le manuscrit : le parler mêlant « les mots des Sûdân et des Touaregs » (chapitre 3), la tribu « qui situe ses origines vers l’Est » (chapitre 5), la vie aux côtés des Iwellemmedan (chapitre 6). Sur ces trois points, une source extérieure à la communauté, écrite au tournant du XXe siècle, rejoint la linguistique, la tradition interne et l’enquête orale de 1998 : selon la méthode du groupe (chapitre 1), ils sont convergents.

Ce que la notice ajoute. Le nom est écrit en un seul mot, دوسحاق (Dawsahaq), forme qui rejoint le « Daw-Sahak » des voisins (chapitre 2). Les Dawsahaq sont dits « tous des gens de la paix et de l’étude » (ahl ʿāfiya wa-qirāʾa) : c’est le plus ancien témoignage écrit de la réputation de savoir que la tradition leur prête. Ils sont rattachés aux « tribus d’Es-Suq », c’est-à-dire à l’ancienne Tadmekka ou aux Kel Essouk (chapitre 9). La notice signale enfin des « relations » (muwāṣala) avec les Dabâkir. Le nom, écrit دباكر sans voyelles, est très probablement celui des Dabbakar, ou Dag Akar, que Grémont et ses coauteurs décrivent comme « les fondateurs de l’ancien site à palmeraie de Kidal », installés depuis le XIXe siècle plus au sud, jusqu’à l’Azawagh, et dont la langue reste « très proche de celle parlée par les groupes du Nord (Kel Ahaggar) » (2004, p. 26). Shaykh Baye, qui vivait dans l’Adagh, avait toutes les raisons de les connaître. Les témoignages recueillis en 1998-2001 donnent un contenu à ces « relations » : les Dabbakar « ne participaient pas aux guerres précoloniales » (p. 27) et comptaient « aussi des religieux » parmi eux (p. 110) ; « même les Dabbakar et les Dawsahak n’ont jamais été soumis à un impôt autoritaire » (p. 111) ; à la conquête, les Dag Itifa (Dabbakar) furent « les premiers de la zone, avec les Dawsahak Sheriffen, à accepter la soumission aux Français » (p. 135) ; et en 1916, la révolte fut soutenue par tous les groupes de l’ettebel, « exceptés les Dabbakar et les Dawsahak Sheriffen » (p. 141). Deux groupes de statut voisin, pacifiques et lettrés, aux choix politiques parallèles : c’est peut-être cela que le lettré appelle muwāṣala. L’identification reste à confirmer, par une notice du même recueil consacrée aux Dabâkir ou par les anciens des deux groupes (chapitre 11).

Ce que la notice ne dit pas. Elle ne nomme ni Aïta, ni Tabalbalt, ni Ishaq, et ne propose aucune étymologie du nom. La phrase sur Aïta que cite Badi, tirée du Kitāb an-nawāzil, appartient donc à un autre écrit de Shaykh Baye, qui, selon Badi, reprend la tradition des Kel Adagh plus qu’il ne la confirme (chapitre 9).

Comment la lire. À deux reprises, l’auteur introduit sa conclusion par al-ẓāhir, « il apparaît », que la traduction rend par « il est certain » puis par « il est évident » : pour l’origine sūdān, qu’il déduit de la langue, et pour le rattachement à Es-Suq, dont il ne donne pas la raison. Cette raison peut se lire dans la phrase qui précède : les Kel Essouk sont, selon Grémont et ses coauteurs, un ensemble de groupes religieux d’origines diverses unis par « la pratique et l’enseignement de l’islam » (2004, p. 30). Rattacher aux « tribus d’Es-Suq » des « gens de la paix et de l’étude », c’est peut-être les classer par leur statut, non leur donner une origine. Les témoignages invitent d’ailleurs à ne pas confondre les deux ensembles : un Kel Abakot (Dawsahak) dit sa fraction « d’une lignée maraboutique », tout en reconnaissant que « les premiers marabouts des Iwellemmedan étaient les Kel Egadash », groupe kel essouk (p. 108) ; en 1916, un marabout dawsahak, Mahen, déconseillait à Fihrun la guerre que les Kel Essouk l’engageaient à faire (p. 137) ; et Grémont relève que les Idaksahak, très instruits en islam, n’ont jamais vraiment obtenu le statut de tribu maraboutique (zwâya), à la différence des Kel Essouk ou des Kunta (Grémont 2024). Ce sont les inférences d’un lettré, non des traditions recueillies. Leur valeur tient à leur date, à l’indépendance de l’auteur, qui n’est pas idaksahak, et à sa proximité : Shaykh Baye vivait dans l’Adagh, au contact des groupes qu’il décrit. Leur limite tient à ce qu’il ne dit pas de ses sources.

Le reste du recueil, des pièces 91 à 104, n’a pas été vu. D’autres notices peuvent concerner des groupes voisins, ou des fractions idaksahak sous d’autres noms ; leur lecture est inscrite parmi les tâches du chapitre 11.

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Reference

Hamadine AG MOCTAR (2026). Sur les pistes de ceux d’Ishaq. https://hamadine-services.net/en/bibliotheque/974 (accessed 2026-10-18)

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